miércoles, 16 de agosto de 2023

Entretien avec Jacques Alesi

« Un type du métier »


Entretien réalisé à Creil en 2004 par A. García, une ancienne élève. La discussion a porté tout particulièrement sur les camps de vacances que Jacques Alesi (1925-2018) a conduits pendant toute sa vie d’enseignant. Camps de vacances dont l’association Creil Escapade a pris la relève. Il a également été maire adjoint et conseiller municipal de Creil.

- Monsieur Alesi, comment êtes-vous arrivé à Creil ?

- Je suis arrivé en 1947, tout simplement parce que je cherchais un poste de surveillant, pas trop loin de Paris, et que j’en ai eu l’opportunité. De 45 à 47, j’étais en Khâgne à Paris, à Henri IV. Un de mes copains était parti un an plus tôt, il était pion à l’ENP, puis il a été nommé ailleurs et il m’a dit qu’il y aurait sans doute un poste de libre. C’est par ce biais-là que ça c’est fait. Cela m’a permis de continuer à faire mes études à la Sorbonne. Il se trouvait que dans cette école, une école technique, il y avait une section de classes dites « nouvelles ». C’était le démarrage de la réforme de l’enseignement, le plan Wallon, voulu par la Résistance, qui aurait dû être la grande réforme de l’enseignement et qui a avorté, finalement, ça aurait coûté trop cher. Mais disons qu’il y avait des classes expérimentales qui essayaient de travailler avec une pédagogie relativement nouvelle. Alors... C’est les plus belles années que j’ai eues, d’une certaine manière. Des classes de vingt-cinq élèves maximum. Un aménagement horaire qui permettait de faire des tas de choses. Il y avait des « études du milieu ». On ne savait pas trop ce que c’était. Quand je suis arrivé, c’était en place depuis quatre ans. Alors on étudiait le milieu historique, le milieu géographique, le milieu industriel. Mois j’étais pion mais j’avais en charge quelques uns de ces enfants-là. Parce qu’il y avait les internes de la sixième qui étaient dans mon dortoir et, quand même, je voyais ce qui se faisait. De temps en temps on voyait les profs et tout ça. Après, j’ai passé l’équivalent du CAPES, ça s’appelait le CAEC à l’époque mais c’était la même chose. Je l’ai passé en 1951 et donc j’avais fait une demande de nomination, à l’époque on était nommé tout de suite. Je savais qu’il y avait un collègue qui partait à Beauvais. J’ai su qu’il y avait un poste de libre. J’ai dû être nommé le 24 septembre pour la rentrée du 1er octobre. Entre-temps il a fallu faire quelques démarches. Bref, j’ai commencé à la rentrée 1951 à Creil. C’est d’ailleurs à la suite de ça que j’ai commencé à faire un camp de vacances. Ça s’est emboîté comme ça. Parce qu’en classe de cinquième, on travaillait par centres d’intérêt. Les élèves avaient choisi la montagne. Bon, alors tout le monde parlait de la montagne… même si on n’y avait pas été. Alors on essayait de centrer le thème à partir de textes d’auteurs français. Et puis, c’est vers le deuxième semestre qu’il y a des gars, il y a des élèves qui m’ont dit : « ah… ça serait bien qu’on y aille »… (rires) Alors, en plus, le directeur était lui-même un gars du Jura, qui partait en vacances dans les Alpes en général. Quand je lui ai parlé de ça, ça lui a plu tout de suite parce qu’il était amoureux de la montagne. Et c’est lui qui m’a dit : « écoutez, la première année, n’allez pas dans les Alpes, c’est un peu dur, ils sont quand même petits les enfants. Allez plutôt dans les Vosges ». Il avait traîné ses bottes par là, il avait même des cartes. Moi, je n’y avais jamais mis les pieds à ce moment-là. Mais c’est un pays où il y a des tas de sentiers balisés. C’était magnifique. On est parti quinze jours avec onze élèves, onze gars, dans les Vosges. Au mois de… je ne sais plus, juillet-août 1951. C’est comme ça que ça a commencé.

- Puis cela a continué au collège Gabriel Havez

- En fait, au départ, Havez n’était pas un CES, mais une annexe de l’ENP. L’ouverture a été extraordinaire parce qu’il n’y avait qu’un seul bâtiment même pas clos selon les collègues qui étaient là dès le début avant que je n’arrive. Deux ans plus tard, c’est devenu administrativement un CES. Un deuxième bâtiment a été construit avec des bâtiments pour l’administration et la cantine. Quand je suis arrivé en1965, ça ne faisait pas longtemps que le Principal avait été nommé. Ça se mettait vraiment en route. L’ancien directeur avait encore un bout de logement dans le premier bâtiment. Ben oui… J’ai vécu heureux là dedans pendant 22 ans… dans un baraquement …

- Oui…le baraquement…à l’entrée du collège…

 - Parce que je l’ai demandé. En fait, les premières années, à Havez, il y avait mille, mille deux cents élèves, avec des classes très nombreuses. Ce qui fait qu’on n’arrivait jamais à avoir sa salle. On passait son temps à se balader, à se balader… Alors je ne sais plus si c’est en 72, 73 ou 74, par là, j’en ai eu marre de me balader. Tous les ans, je demandais si on ne pouvait pas avoir une salle, on me répondait que ce n’était pas possible et c’était vrai. Donc j’ai dit : « Et si je prenais un baraquement ? ». Ah oui… parce que personne n’aurait aimé en avoir ni n’en voulait. Alors je leur ai dit : « Je vous propose de prendre un baraquement… mais j’y reste ». J’en ai fait deux, un du côté des pompiers, mais qui n’y était plus quand tu y étais, et puis celui de l’entrée. A un moment donné, il y avait, le long des pompiers, trois baraquements qui avaient été réformés. Des bâtiments préfabriqués comme ça, que l’Education nationale livrait, il y en a eu un peu partout quand le directeur disait qu’il n’y avait plus assez de locaux, tout simplement parce que la communauté scolaire grandissait trop vite. Ça a duré longtemps. Et puis finalement… on était bien là-dedans… on avait un bon poêle, ça allait quoi (rires). Quand j’ai changé de baraquement, j’ai demandé qu’on me transfère le poêle… parce qu’il marchait bien (rires).

 - Et donc, tous les ans, vous avez emmené les gamins en vacances...

- Ça s’est trouvé comme ça. La deuxième année, nous sommes partis dans les Alpes, il y avait dix-huit élèves ; la troisième année, en Corse, cinquante… avec des collègues, des copains, tout ça. Et je les ai emmenés en vacances jusqu’en 93. Alors justement en 93, j’ai dit que j’arrêtais et d’ailleurs, j’ai arrêté de les emmener. A ce moment-là, quelqu’un du Service Jeunesse s’en est inquiété et a décidé, en quelque sorte, de donner une suite à ça. Il nous a suggéré de créer l’Association Creil Escapade. Alors, par ce biais, un groupe est parti au Maroc en 94, et on m’a embarqué pour préparer le terrain. J’avais commencé dans le cadre de l’ENP, puis du collège. C’était des camps de vacances d’établissement. Ça se faisait beaucoup au début, parce que, à l’époque, on a été aidé… Dans l’enseignement technique, ce genre d’organisation était une grande tradition. Il y avait l’A.R.O.V.E.T, Association régionale des œuvres de vacances de l’enseignement technique, ce qui permettait d’avoir une raison sociale et une subvention importante. Quand on avait obtenu l’agrément, la subvention était attribuée automatiquement par camp, au nombre d’enfants. Ensuite l’A.R.O.V.E.T est devenue l’A.R.O.E.V.E.N, l’Education nationale donc…Quand je suis arrivé à Havez, nous sommes devenus un camp de vacances de l’A.R.O.E.V.E.N, jusque dans les années 80. C’étaient des associations régionales donc par académie. Ensuite, l’A.R.O.E.V.E.N. d’Amiens a connu des affaires invraisemblables de malversations, de tout ce qu’on veut… Bon, bref, l’A.R.O.E.V.E.N. d’Amiens est morte en 1980, 81 ; pendant un an, on a dû avoir un fond de crédit que Havez a récupéré. Et après ça, on est devenu le camp de vacances de la coopérative de Gabriel Havez. Le problème alors, c’est qu’on n’avait pratiquement plus de subvention. La situation des gens n’était pas trop catastrophique à l’époque sur le plan financier, alors on arrivait à vivre comme ça. On sortait et de temps en temps, on avait un p’tit machin d’Amiens. Et donc ça a duré jusqu’en 1992… Fin 92, ça devenait délicat : on ne voulait plus de nous. En 93, on a quand même fait le camp mais sous une autre étiquette par le biais d’une association.

- Et aujourd’hui ? Vous continuez à partir ?

- Je fais le repérage.

- Vous partez toujours avant ?

- Jusqu’à présent, je suis toujours parti avant, avec un ou deux animateurs. Cette année, c’est la Croatie. Quelquefois on écrit, mais on ne vous répond pas. L’autre jour, on a reçu un coup de fil de Dubrovnik, en anglais. Moi, je ne sais pas un mot d’anglais. C’en est resté là. Il y a une Alliance française à Split, je leur ai écrit, ils n’ont pas répondu… Je téléphone : « Ah oui ! C’est vous… vous avez écrit il y a quelque temps, non ?... Au fait, qu’est-ce que vous cherchiez ? » (rires). Je devrais rappeler ces temps-ci, mais je ne sais pas si je vais le faire ou si je vais me contenter… Si je suis sûr d’y aller avant, ça sera aussi bien, on s’arrangera au dernier moment.

- Et avec les enfants, ça se passe comment ?

- On n’a jamais eu de gros ennuis, sauf, les dernières années, où ça a un peu flotté, mais je pense que l’encadrement était flottant aussi, alors on ne peut rien dire. Mais les groupes que Pascal Gosselin (responsable de l'association Creil Escapade)  a emmenés en Grèce, en particulier Havez en l’an 2000, ça a été vraiment du gâteau, y compris dans le camping. Ils sont restés en très bons termes avec tous les patrons du camping. Ce n’est pas évident quand tu te balades avec un groupe. Ce qui m’avait frappé la dernière fois que je suis allé avec eux, c’était au Portugal il y a deux, trois ans, en 2001. J’étais resté à les attendre, dans un terrain, ce n’était même pas un camping, et bon, ils n’étaient pas faciles à calmer. C’était un groupe pas désagréable mais quand même agité, c’est la réputation d’Havez d’ailleurs. Comme disait toujours la prof de Gym à Havez quand elle emmenait des groupes : « Ils sont gentils, les enfants, mais qu’est-ce qu’ils font du bruit ! » (rires). Ce qui m’avait frappé, c’est que, bon, je les ai quittés là, juste avant la dernière étape, et ils ont fait un très bon retour. Ils ont eu juste un petit pépin parce qu’il y a un gars qui a jeté un mégot et ils ont foutu le feu à un champ. Y a pas besoin d’être d’Havez pour ça ! Non mais c’est vrai, quoi… Ce qui m’a frappé, ça a été le dernier camp, au Portugal. On était dans un orphelinat, un endroit où on retournait régulièrement quand on allait là-bas. C’était d’ailleurs en travaux, il y avait un petit terrain où camper. J’étais arrivé un jour ou deux avant eux pour bien voir les lieux, mais j’avoue que j’étais inquiet, parce qu’il y avait des choses qui étaient sacrément sommaires, c’était les sanitaires : deux ou trois toilettes, deux douches, trois lavabos, pour quand même cinquante…Je me suis dit « oh là là... qu’est-ce que ça va faire ? ». Et il ne s’est rien passé du tout. On n’a eu aucun problème. Les gosses étaient d’ailleurs beaucoup plus calmes au retour qu’à l’aller, peut-être qu’ils étaient fatigués !

 - Le maximum d’élèves que vous avez eus, pour avoir une idée, quand il y avait de grands groupes ?

- Des hordes ! (rires) On a dû monter à cent-quatre-vingt, au Portugal d’ailleurs, le premier Portugal. J’ai des archives de tout ça. Je ne sais pas si on pourrait le refaire. Ça, c’est peut-être un changement dans les mentalités. Je ne vois pas ça se faire à l’heure actuelle. Il y avait des moments où c’était un peu le foutoir mais quand même… Je ne sais pas si ça arriverait à être vivable. Parce qu’en fait la question est : ça marchait, pourquoi ? Parce que chaque groupe fonctionnait bien. Parce que tout seul, tu as beau être Directeur, tout seul ce n’est pas toi qui… quand il y a cent cinquante personnes… On ne manie pas cent cinquante personnes ! Tu peux travailler en cohésion avec les animateurs. On a bien eu jusqu’à huit ou neuf groupes. Parce que ça nous semblait évident mais ce n’est pas évident pour tout le monde. On a relativement peu de moyens. En ce qui concerne les animateurs, certains s’y mettent très bien, d’autres ne s’y mettent pas. Tu as des gens comme Jean-Marie, tu l’as peut-être connu, tu sais qu’il s’occupe des grands, tu ne t’inquiètes pas. Parce qu’il y a des gens comme ça, c’est tout. Parfois il y a des difficultés, des animateurs qui, à la dernière minute, ne peuvent pas venir, il faut alors les remplacer. Ou alors, je me souviens d’un gars qui a fait ce qu’il a pu mais qui s’est retrouvé avec une animatrice qui n’était pas drôle, c’est encore autre chose… bien qu’enseignante… et qui ne reviendra pas … (rires). Ah… ce n’est pas facile le « casting » !

- Est-ce qu’il y avait des équivalents, d’autres initiatives comme celle-là ?

- Je n’ai jamais su… En itinérant, je ne sais pas. En fixe sûrement. Dans l’Enseignement technique, il y a eu sans doute quelque chose comme ça. C’est vrai que, quand on annonçait notre effectif, en général… D’ailleurs… il y a ça aussi, je ne suis pas sûr qu’à l’heure actuelle… maintenant quand tu annonces un groupe de cinquante dans un camping, on te regarde, et on te dit non. Certains campings ne prennent pas de groupes. Alors toi, en Grèce, c’était en 1987, tu t’en souviens ? Pour aller à Mykonos, nous étions partis du Pirée ou du petit port à côté ?

- Je ne sais plus… Je ne sais plus d’où on était parti… je me souviens de l’arrivée… Justement… il fallait qu’on soit sage, on ne l’avait pas été, et vous nous aviez engueulés sur la place de Mykonos.

- Je m’en souviens, oui.

- Parce qu’il n’y avait pas de camping en fait…

- Et il ne fallait pas se faire voir… Ils l’ont encore fait en 2000.

- Mais alors, côté pratique, quand vous décidez de faire un camp, je suppose qu’il y a quelque chose à faire auprès de l’Education Nationale…

- Auprès de la Jeunesse et des Sports. Les camps doivent être déclarés, dès qu’il y a plus de douze personnes, je crois, plus de quatre ou cinq jours.

- Et comment faisiez-vous alors…parce que, quand je suis partie en Grèce, je me souviens que je n’avais pas mes papiers tout à fait en ordre…

- Oui, ben ça, c’est quelque chose qu’on ne peut plus faire maintenant.

 - J’avais je ne sais plus quel problème avec mon passeport et il y avait une frontière qui était particulièrement délicate à passer.

- Oui, la Grèce.

- Et une des animatrices avait résolu le problème, elle avait été extraordinaire.

- Oui…Christelle…C’est sûr, c’est elle… Ben si tu veux, les papiers, c’est à nous de nous débrouiller pour les avoir. Tant qu’il ne se passe rien, c’est tout. Alors quand je pense aux gens qu’on a passés comme ça, en douce, il y en a eu un certain nombre... Moi, je ne savais pas comment faire, mais j’avais des copains étonnants, surtout avant toi, quelques années avant… Quand on prenait le train des fois… il y avait une façon de flanquer un tel bazar qu’à la fin, les gens ils renonçaient. J’avais un copain qui avait le chic pour tout emmêler. Personne n’y comprenait plus rien ! Oui, ça nous est arrivé. Un des plus beaux coups qu’on ait faits, c’est en 92 pour la Grèce. On a passé une petite qui n’avait pas de papiers. Une histoire de fous. Une famille avec des difficultés. On avait déjà emmené les grands, un ou deux ans avant. Tout d’un coup, on apprend que les enfants ont été mis à la DASS parce qu’il y avait des problèmes dans la famille, etc.…Bon, donc on contacte la DASS pour demander si on ne pouvait pas emmener les gosses vu qu’ils étaient inscrits. On avait encore un mois à peu près. Ils nous ont dit « Non, ce n’est pas possible, parce qu’il faut qu’ils s’habituent ». Donc ils ne nous ont pas lâché les gosses. Mais dix jours après, ils retournent dans la famille et donc ils viennent en Grèce, les trois enfants, dont une petite qui avait une dizaine d’années, quoi. La petite s’amène, elle me saute au cou, elle me fait la bise… et la mère me dit qu’elle n’a pas ses papiers (silence). La gamine me regarde, je lui dis : « Monte ! », mais oui, mais après ?... Là, pour entrer en Grèce, il y avait une animatrice qui avait sa fille sur son passeport. Ben voilà (…). Bref, on parlait de Mykonos…

- Oui, il n’y avait pas de camping et c’était très bien …

- Maintenant, on ne peut plus faire du camping sauvage comme on faisait…J’en ai d’excellents souvenirs. Un jour à Syracuse… il y avait un terrain comme ça, entre des H.L.M. et un terrain vague …Un jour, vers midi, on voit des gens qui nous appellent des fenêtres, et qui font descendre quelque chose au bout d’une ficelle…c’était des glaçons ! J’ai des souvenirs formidables comme ça : ce qui se passe avec les gens.

- Oui, en Sardaigne, il y avait une fête populaire, nous avions tous dansé avec les gens du village, tous en groupe.

- Ah oui…

- J’en garde un merveilleux souvenir.

- Oui, ben ça ne m’étonne pas.

- Donc, en somme, vous avez eu deux métiers, Monsieur Alesi ?

- Oui… Mais enfin quand même…celui-là prenait moins de temps… Maintenant, à la limite, ça me prend plus de temps, si j’ose dire, parce qu’il y a tellement plus de paperasse à faire maintenant qu’à l’époque. D’autant plus qu’il faut bien qu’on demande des subventions

- Qui subventionne aujourd’hui ?

- Nous sommes maintenant subventionnés par la Jeunesse et les Sports, dans le cadre VVV (Ville, Vie, Vacances), opérations VVV qui ont pris la suite des opérations OPE (Opérations Prévention Eté). Il s’agissait de subventionner tout ce qui pouvait empêcher que les étés soient chauds dans les banlieues. C’était ça au départ… Et puis, je n’y connaissais rien. C’est dans le cadre de l’Association… que j’ai été mis au courant de ça, tu comprends ? Parce que moi, j’ai du mal dans ce genre de choses, ces affaires légales…C’est terrible, mais je suis allergique à tout ce qui est lois, tout ça. Alors donc, on a cette subvention et on en a une de la ville. Et, cette année, on aura peut-être un complément du Conseil Général, si on en a besoin, parce que s’il faut un Directeur qui ne soit pas un de nos copains, il va bien falloir trouver le moyen de le rémunérer un peu. Ça me fait suer, parce que c’est plus la même chose. D’un autre côté, c’est indispensable, sinon, on ne part pas. On ne va pas annoncer aux familles qu’on ne part pas. Ce qu’il y a surtout, c’est que, si on ne part pas, ces gamins-là ne partiront pas. C’est ça le problème. C’est ça qui serait embêtant. Ils ne verraient pas la Croatie et resteraient à Creil. Ah…on va y arriver. J’ai vraiment raclé les fonds de tiroir de tous les copains. J’en ai un tas qui seraient disponibles éventuellement.

- Monsieur Alesi, quand vous avez commencé à emmener les gamins, ça s’inscrivait dans la continuité du programme d’étude. Et, ensuite ? Vous étiez tout seul. Il y avait des gens avec vous ?

- C’est une affaire qui s’est faite entre copains. Pour le deuxième groupe, ils étaient dix-huit, je suis parti avec un gars qui était, à l’époque surveillant à l’E.N.P. L’année suivante, c’était avec un collègue qui était aux ateliers. Et puis, pendant un certain nombre d’années, il y a eu un collègue par-ci, un collègue par-là, et puis un professeur de Maths qui a fait un ou deux camps avec moi, jusqu’au jour où il est devenu Maire de Verneuil…c’était foutu il fallait qu’il y soit pour le 14 Juillet (rires). C’est idiot mais c’est vrai. Ses fils sont venus, puis sa fille. Et puis, en 62, j’ai embarqué un collègue des ateliers qui s’appelait Thomas. Il a fait la Sicile en 62, et a fini en 77. On a fait seize camps ensemble. Et on a fait ensemble les trois-quarts des repérages avant le camp. Et, comme il était prof d’atelier, quinze jours avant le départ, un samedi après-midi, j’emmenais la 2 CV à Nogent-sur-Marne et dans les ateliers, on faisait ce qu’il fallait pour la mettre en état (rires).

- C’est quoi votre secret ?

- Elle était moins belle il y a quelques années… Mais il y a deux ans, on l’a repeinte avec de la vraie peinture pour auto. C’est pour ça qu’elle est si belle !

- Tout à l’heure, on va la prendre en photo.

- Oui… (rires). On l’entretient, c’est tout, on l’entretient. Heureusement, je connais un petit garagiste, un petit artisan, ce n’est pas facile à trouver. Le jour où le châssis pourrira, ce sera foutu, quoi. Le dessous est très corrodé. Mais le châssis est bon.

-Vous l’avez depuis quand ? C’est vraiment un grand mystère pour nous tous.

- Elle est de 59. On a quand même changé une fois le châssis, en 76 ou 80, je ne sais plus. Ce garagiste faisait les pneus chez Shell. Maintenant, on se connaît, il voit ce qu’il y a à faire et il le fait, c’est tout. L’autre jour, c’est lui qui l’a emmenée au Contrôle technique. Tu sais, ce contrôle technique précise tout ce qu’il est recommandé de faire… mais que tu n’es pas forcé de faire…il y a dix-huit points de contrôle (rires).

- Elle a été partout cette 2 CV ?

- Ah ben, elle a vu tout le pays, et elle a fait tous les camps jusqu’en 93. Un journaliste me l’a demandé l’autre jour, j’ai calculé qu’elle doit avoir 5 ou 600 000 kms. mais elle doit bien en avoir 150 000 de camps de vacances. Parce que, quand tu comptes une trentaine de camps, à raison de 5000 bornes par camp, ça fait bien les 150 000… De toutes manières, c’est le cinquième ou sixième moteur, je ne sais plus. Il vient d’Avignon d’ailleurs. On l’a changé en 93. On a eu du mal à arriver jusqu’à Avignon… La caisse commence à souffrir sérieusement, on a des morceaux à chaque fois. Le moteur, c’est le même garagiste qui s’en est occupé. Il a changé la boîte de vitesse il y a quelque temps. Enfin, c’est là qu’on voit que, même si tu peux régler toi-même ta 2 CV, quand c’est fait par un type du métier, ça se sent.

viernes, 11 de agosto de 2023

"Esa sangre vivirá para enfrentarte"

 

“En la estirpe Caín viajará siempre de polizón la estirpe Abel. Tendrás otros hijos de tu sangre pero la sangre de tu hermano seguirá bajo tus techos. Y bajo los techos de los techos de tu prole. Vivirás para hacerla a tu modo y esa sangre vivirá para enfrentarte. Vos la alzarás en brazos y ella te alzará la voz. Vos le dirás de hacer y ella te dirá de ser y de estar. Le hablarás del individuo y ella del prójimo. Ella del bien, vos de los bienes. Ella de ilusiones, vos de intereses. Vos le harás la cabeza y ella te hará frente. Y luchará por una causa… mientras vos te quejás por efectos… Gritarás y esa sangre más. A veces cada tanto a los bifes conseguirás vencerla. Pero convencerla, Caín, ni a sogazos”.

 

Terrenal, Kartún

viernes, 30 de junio de 2023

A los luchadores...

 

A los luchadores, en nuestro país, en otros países también, no los instituyó la dictadura. La relación es exactamente inversa. Es porque hubo luchadores que algunos se propusieron destruirlos, y destruir lo que venían construyendo, mediante una dictadura. Desde mucho antes había habido cuestionamiento y organización frente a las distintas formas en que se manifestaban los abusos y la violencia de Estado. Lo que tampoco fue propio de nuestro país. 

Así, antes de ser aplastada, la Comuna fue… ¿Qué fue la Comuna? Una lucha. Una rebelión. Un gobierno. Un intento de ser gobierno. Un anhelo de sociedad igualitaria. Una formidable experiencia de lucha codo a codo donde el protagónico sigue siendo anónimo aunque algunas personas sobresalgan por sus obras. El periodista Lissagaray, por ejemplo, su Historia de la Comuna de 1871 y su epígrafe “para que se sepa” (“pour qu’on sache”). Louise Michel, combatiente, escritora, cada una de sus obras, incluyendo su obra educativa. Ahora bien, ¿para que se sepa qué? No sólo cómo se aplastó la Comuna sino, primero, cómo se levantó y de qué se nutría “la más alta marea del siglo, la más sorprendente manifestación de esa fuerza popular que toma la Bastilla…”. Historia larga entonces de una Revolución que persiste. Mirada panorámica de Lissagaray que también hace foco ahí: “¿de dónde salieron los desconocidos del 18 de marzo de 1871? ¿Quién provocó esa jornada? ¿Qué hizo el comité central? ¿Qué fue la Comuna? (…)”. En esa Historia es imposible disociar la masacre de los hechos previos. Importa saber qué es lo que se aplasta, qué es lo se destruye, qué es lo que se derroca, lo que se impide, lo que se persigue, lo que se fusila, lo que queda proscrito. Por eso, decir “¿quiénes eran?” no es solo conocer luchadores por sus nombres (aunque amemos esos nombres), ni por sus oficios, ni por sus edades, ni por su género, ni por las condiciones particulares de su asesinato, cuando hubo asesinato, sino también por sus motivos. ¿O no son los motivos los que hacen a quienes luchan? ¿Sus razones? ¿Sus indignaciones? ¿Lo que no se está dispuesto a aceptar? ¿Lo que por el contrario resulta necesario? ¿Urgente?

Hace unos días se supo que una estatua rendirá homenaje en París a una figura sobresaliente de la Comuna. Ignoro si eso puede o no participar a un mejor conocimiento de lo que ahí estuvo en juego. Pero sobre todo: de lo que sigue estando en juego. Porque los motivos que llevaron a esas mujeres y a esos hombres a sublevarse siguen vigentes. Con o sin estatua. Incluso, y aunque pese, con o sin memoria. ¿Memoria de qué? ¿Del crimen? ¿O de la lucha? ¿Es posible separarlos? Es posible. En Chile se hace a diario. Miradas de muy cerca, ciertas políticas rotuladas “de memoria” pueden ser abordadas como políticas “de olvido”. Lo son todas las veces que desconocemos a nuestros luchadores y los motivos que ellas y ellos tuvieron de trabajar en pos de una sociedad radicalmente diferente a la que hoy tenemos. La misma sociedad que tolera la máxima injusticia, tolera ciertas conmemoraciones. No todas. Sin embargo, es preciso recordar (¿es preciso recordar?) que, en ese entonces, en ese pasado anterior, viejo de 51 años, y de ahí para atrás, se luchaba fundamentalmente contra la pobreza, esa forma de violencia constante, ininterrumpida, que todos los regímenes políticos parecen poder tolerar, cuando no la propician abiertamente; se luchaba contra el hambre, contra el frío, la falta de techo, la falta de acceso a la salud, todos los derechos básicos tan duramente conquistados siempre avasallados. O si se prefiere: se luchaba a favor de condiciones dignas de vida, a favor de mayor y mejor educación, a favor de otro tipo de relaciones entre las personas, menos egoísmo, más cooperación, más solidaridad. A favor de la igualdad porque todas y todos somos igualmente merecedores de vivir y de vivir bien. Aunque las palabras fueran otras.

¿Qué sentido puede tener elevar estatuas, incluso a luchadores, cuando nada de lo que defendieron con sus vidas, parece haber sido siquiera escuchado? ¿No era aquello, lo que vinieron precisamente a decir, lo que había que atender? Sin duda hay quienes lo hacen. Lo intentan con todas sus fuerzas. Que nadie nunca les levante una estatua. Así se trabaja mejor.

 

 

Antonia García Castro

 

lunes, 19 de junio de 2023

Sucedió en el barrio

El 16 de junio de 2023 se colocó una placa en el Polideportivo Pomar (Floresta) con el nombre de Enrique Lifschitz. Reproducimos las palabras de Mariana, hija de Enrique, directora de Vínculos vecinales, diario que nos permite habitar el barrio conociendo del otro lo que más (le) importa.  

 

Enrique repartiendo el Vínculos...  - septiembre 2011

¿Cuál es el sentido de los homenajes a quienes ya no están? ¿Para qué recordar su historia? Yo creo que es un regalo que nos hacemos a nosotros mismos. Algo de lo que hizo esa persona nos vibra en el presente y nos sirve para pensar lo que estamos haciendo ahora.

En mi caso, cuando falleció mi papá y tomé la posta de hacer el periódico Vínculos Vecinales, descubrí la increíble cantidad de cosas que pasan entre las personas que viven a unas cuadras unas de otras, los lazos que se tejen gracias a los vecinos y vecinas que miran a su alrededor y deciden poner en marcha… algo compartido.

Silvia y Elvira acompañan a las “Madres del dolor”; Nicolás y Gastón son parte del grupo que revivió la huerta comunitaria de la plaza del Corralón; toda la Asamblea de Floresta cuida esa plaza, organiza charlas; Antonia y Laura invitan a les chiques del barrio a entrar a su “patio de los libros”; Guillermina, Matías y Alejandra junto a muchos otros vecinos redactaron un proyecto de ley y se movilizaron para reclamar que Villa Santa Rita tenga una plaza; Violeta y Andrea juntan cuadraditos de lana tejida para armar mantas que luego entregan a organizaciones que asisten a personas en situación de calle; como “Ser con Vos”, cuyos referentes Claudia y Gabriel viven haciendo de todo para reconfortarles un poco la vida a estos vecinos; y la lista sigue, dirigentes y profes en los clubes, en las escuelas las y los docentes, las familias que sostienen las cooperadoras; los médicos y médicas en los cesac y hospitales; hay tantas historias de gente que habita el barrio con amor al prójimo, con ganas de hacer más feliz esta vida compartida, que harían falta cientos de periodistas barriales para contarlas todas.

Enrique era uno de esos. Le corría en la sangre unas ganas imparables de salir a la vereda para conversar con cada uno y cada una que tuviera algo de ese impulso vital. Y de hecho, lo hacía. Al día de hoy todavía me cruzo con gente que me cuenta las charlas que tenía con mi papá. “Él siempre tenía esa sonrisa”, me dicen.

Fue entre los gobiernos de Aramburu y Frondizi, con el peronismo proscripto, cuando se inició la épica vecinal que llevó a la construcción del Poli. Transpórtense al año 1958. Las tensiones que habría. Los miedos. Las ilusiones. Ya habían pasado los dos gobiernos de Perón y el bombardeo a Plaza de Mayo.

Los mayores nos cuentan sobre las divisiones de la sociedad en aquella época. Sin embargo, mi viejo en su relato habla de una lucha que los unía. También cuenta las peleas, las traiciones, no era idílico ese pasado. Pero había una idea de “bien común” compartida. Nadie dudaba que el barrio merecía que esas dos manzanas se conviertan en una plaza y un polideportivo, que era trabajo del Estado hacerlo y que ese espacio tenía que ser público y gratuito, para disfrute de todos.

Esa idea de bien común de la que en ese pasado cercano nadie dudaba es el legado que, creo yo, nos viene bien apropiarnos, divulgar, fortalecer en este presente.

Educación, deporte, cultura, arte, esparcimiento, salud, espacios verdes, para todos y todas, públicos, gratuitos y de calidad. Eso es, entre otras cosas, el bien común. Por esas cosas se unían y luchaban los vecinos entonces, por esas cosas siempre tendremos que luchar, sea para obtenerlas, sea para cuidarlas si ya las tenemos.

Gracias Fernando Moya y Claudio Morresi por hacer posible este encuentro en el que recuperamos para la memoria de todo el barrio, el legado de Enrique Lifschitz.

 

Mariana Lifschitz